Le comportement linguistique et ses trois types de contrôle

Il y a plusieurs moyens de surveiller le comportement linguistique. On peut les subdiviser selon leur caractère plus ou moins immédiat ou direct. C’est-à-dire selon la façon dont ils se portent en cours d’acquisition et selon leurs influences. L’apprenant, pendant qu’il produit un énoncé dans une intention communicative donnée, peut vérifier s’il satisfait à certaines exigences normatives intériorisées. Mais il peut aussi se poser la question de savoir si sa façon de parler diffère de celle de son environnement linguistique. Il n’est pas très aisé, là encore, de séparer nettement les différentes modalités du contrôle. Nous allons en distinguer trois :

la surveillance, contrôle simultané qui permet de modifier l’énoncé en cours de production ;la rétroaction, contrôle légèrement différé qui conduit souvent à des autocorrections ;la réflexion, contrôle global de la production linguistique par le locuteur, après coup.

C’est l’apprenant qui applique à ses propres productions ces différentes modalités du contrôle ; bien qu’il puisse être induit ou provoqué en partie par le comportement de ses interlocuteurs.

La surveillance du comportement linguistique

Dès que l’on parle, on surveille automatiquement son comportement linguistique ainsi que l’effet immédiat de son discours sur l’autre. De même, on ne se borne pas à essayer de comprendre ce que l’autre dit. Mais on surveille (plus ou moins volontairement) la conformité de l’expression avec certaines normes ou attentes. De fait, on reste toujours attentif à sa propre activité de production et de compréhension. Dans la communication langagière quotidienne, l’existence d’une telle instance de contrôle permanent ne nous est d’ordinaire plus présente à l’esprit. Ce qui importe avant tout, c’est de comprendre et de se faire comprendre. Mais on peut observer l’effet de la surveillance à un certain nombre de traces.

D’abord, la surveillance se manifeste dans le discours par les fréquentes autocorrections, qui revêtent des formes très variées. Ces autocorrections peuvent concerner l’adéquation ou l’exactitude de la formulation. Mais aussi, plus rarement, la grammaticalité. En tout cas, ces autocorrections supposent un contrôle constant par le locuteur de sa propre production.

Ensuite, il nous arrive aussi de corriger nos interlocuteurs. Mais comme on ne sait pas forcément ce que l’autre voulait dire ; car c’est précisément son énoncé qui devait nous le communiquer ; on ne peut le faire que si son énoncé est grammaticalement déviant. Ou lorsque l’information parallèle permet d’inférer qu’il aurait dû dire autre chose que ce qu’il a dit pour exprimer ce qu’il voulait dire selon son comportement linguistique.

Enfin, nous pouvons adapter dans une certaine mesure notre formulation à la situation d’interlocution dans laquelle notre énoncé s’insère. Ceci en évitant ou en paraphrasant certains mots qui pourraient braquer notre interlocuteur. Et en modulant l’intensité sonore ou le débit, etc. L’impossibilité d’adapter son discours à la situation peut être due à des facteurs externes empêchant le contrôle.

La rétroaction ou le feedback

La surveillance exerce un effet en retour sur le traitement de l’énoncé en cours. Mais d’autres rétroactions, qui sont fournies par l’interlocuteur, sont également importantes pour l’apprenant, même s’il ne peut pas les utiliser directement, car elles ont lieu après la production de l’énoncé :

les indications explicites de non-compréhension (“Comment ?”) ;les énoncés révélant qu’il a mal compris ou qu’il n’a pas compris ;les corrections explicites (hétéro corrections).

C’est seulement dans ce dernier cas que le modèle dont a besoin l’apprenant pour résoudre le problème de la comparaison lui est fourni directement. Ce modèle peut bien sûr être adéquat et grammaticalement correct. Mais il peut également tomber à côté de ce que l’énoncé tentait de transmettre. Les hétéro corrections sont des aides importantes pour l’apprenant. On ne dispose cependant jusqu’ici que de quelques études systématiques sur l’étendue de ces corrections ou leur signification réelle pour l’apprenant. Selon des observations empiriques, on peut dire qu’il existe une énorme variation dans la propension des locuteurs natifs à corriger explicitement les énoncés erronés des apprenants. Mais, même si ces corrections étaient permanentes, on ne pourrait rien en conclure sur leur impact à long terme sur le comportement linguistique.

Les corrections externes ont un effet de courte durée. L’apprenant reprend la forme corrigée mais, quelques énoncés plus tard, il revient à la forme antérieure. La fossilisation avancée du système des apprenants pourrait être l’explication. Mais on ne dispose pas de connaissances sûres sur le degré d’efficacité de ces corrections. Ni sur les différences d’effet selon les domaines linguistiques (par exemple en phonologie par opposition au lexique). Là encore, il existe sans doute de grandes différences entre les apprenants.

La réflexion sur le langage

Enfin, le contrôle du comportement linguistique peut être tout à fait détaché du moment de la communication. On peut raisonner (seul ou à plusieurs) sur les différents sens d’un mot ou sa prononciation ; sur la façon de réaliser une certaine construction, sans avoir besoin d’employer précisément ce mot ou cette construction. Le linguiste, dont c’est précisément là le métier, est enclin à surestimer l’importance de la réflexion sur le langage chez les locuteurs dans leur ensemble. On n’a pas non plus de raison de supposer que la réflexion sur la langue joue un rôle important dans l’acquisition spontanée de langue étrangère.

En revanche, ce contrôle différé dans le temps revêt une grande importance dans l’acquisition guidée. Et ce d’autant plus que l’enseignement s’appuie moins sur la communication réelle ou simulée. Mais qu’il met l’accent sur l’apprentissage du vocabulaire, les exercices grammaticaux ou l’entraînement structural. La mise en pratique et l’efficacité du contrôle différé occupent une place importante dans la recherche en didactique des langues.

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